
Le Canal du Midi est né de la rencontre de deux hommes exceptionnels : Pierre-Paul Riquet, fermier des Gabelles, et Colbert, contrôleur des finances du roi Louis XIV. Dès le début, Riquet s'institua comme l'un des partenaires financiers du Canal. C'est d'ailleurs un aspect qui séduisit Colbert lors de l'examen du projet. Cette participation, bien que loin d'être désintéressée, déchargeait d'autant le Trésor Royal. De son côté, Riquet put intégrer un tel montage financier grâce à sa position dans l'Administration des Gabelles. Il était en effet placé au coeur d'un important dispositif monétaire qu'il sut habilement mettre à profit et détourner vers son entreprise. Les contributions financières réparties entre le Trésor Royal, les États du Languedoc et Riquet lui-même furent si étroitement imbriquées qu'il est difficile de discerner la part véritable de chacun. Quelques estimations ont cependant été tentées. Elles s'établissent entre 13.000.000 et 17.500.000 livres. Cette dernière proposition étant certainement la plus proche de la réalité. Elle se répartit de la manière suivante : environ 8.000.000 pour les États du Languedoc, 8.400.000 pour le Trésor et 2.000.000 pour Riquet. Cette somme est colossale pour un simple particulier et explique que toute sa fortune ait été "engloutie" dans le Canal.
L'un des tours de force de Riquet fut d'intervenir minoritairement dans le financement du Canal mais d'en devenir de facto le principal bénéficiaire. Outre un titre de noblesse, il assura à sa famille, grâce au monopole des barques, des péages, et revenus du domaine particulier (location d'entrepôts, revenus des moulins ... ) une fortune considérable.

LE CREATEUR
(1609 - 1680)
L'aménagement de l'aqueduc du Répudre constitua une nouvelle prouesse technique. Pour la première fois en France et la seconde en Europe, une voie navigable franchissait un torrent au moyen d'un pont-canal. Le spectacle était tel, que les voyageurs de la Barque de Poste descendaient du bateau afin de prendre l'entière dimension du "phénomène".
Avec le Tunnel du Malpas, Riquet réalise un nouvel exploit. Au lieu de contourner l'obstacle comme il l'avait fait jusqu'alors, il décida de passer à travers la montagne permettant ainsi pour la première fois à un canal de navigation de passer sous un tunnel.

"de par le Roy, on fait à fçavoir à tous travailleurs qui voudront s'engager pour travailler au Canal de communication des Mers, qui fe conftruit en Languedoc, qu'il fera donné à châcun dix livres par mois, fans leur déduire les jours de Feftes et Dimanches, & jours qu'il pleuvra, qu'ils auront pour fe repofer; & que de plus, il leur fera fourny logement moyennant deux deniers chaque jour, fuivant l'Ordonnance de Monfeigneur de Bezons, Intendant de la juftice, police & finance en Languedoc; mefme ceux qui tomberont malades feront payez pendant le temps de leur maladie, comme s'ils travailloient".
Si cet aspect est généralement moins connu que l'ouvrage lui-même, il témoigne de l'intelligence et de la modernité de cet homme largement en avance sur son temps. Il faudra en effet attendre plus de 250 ans et le Front Populaire pour que soient généralisées de telles conquêtes sociales !